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Auteur/autrice : Filéas
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Raymond et l’évolution du jeu
Le football a révélé Raymond Martin ; quand il jouait, il était tout de suite habité d’une autorité, d’une confiance, d’une sérénité qui lui permettaient, face à n’importe quel adversaire, d’être celui qui décide, celui qui prend l’initiative.
Raymond a fait évoluer le poste de défenseur central.
Pour compenser un physique très moyen, il rayonnait dans un geste technique nouveau à l’époque, le tacle. Il l’avait appris en découvrant dans le journal « Miroir du Football » une décomposition en photos du tacle du grand spécialiste de l’époque, le Martiniquais Daniel Charles-Alfred défenseur central de Nîmes Olympique.
Parce que nous n’avions pas la télé. Parce que nous n’avions pas d’entraineur.
Il a excellé dans un tacle glissé qu’il terminait avec le ballon à ses pieds ce qui le plaçait comme premier organisateur du jeu. Il avait le dribble sûr, en n’importe quelle partie du terrain, y compris sur la ligne de but. Raymond a constitué avec son plus jeune partenaire, le brillant Gérard Pinson, un tandem de centraux qui imposait sa technique, son intelligence, son sens du placement, sa volonté constante de toujours relancer par une passe où en remontant pour amorcer une attaque. C’était Barcelone avant l’heure.
Rappelons que nous étions en 1972, cela fait une quarantaine d’années. Raymond et Gérard pratiquaient l’alternance, ils jouaient décrochés ou en ligne. Écoutons le témoignage récent de Gérard Pinson : « Nous nous amusions à surprendre les attaquants, nous inventions des choses ensemble… ». Ces deux-là étaient très complémentaires, mais même comme défenseurs, ils avaient la créativité qui leur permettait de donner une dimension particulière au jeu, à leur fonction. Quand on a demandé à Gérard Pinson de parler de Raymond, sa première phrase a tout dit sur leur approche du football comme expression de vie : « Raymond c’était le beau et le bon personnifiés. C’est lui qui m’a donné le goût de la belle musique, du beau geste, de l’élégance… »
Le beau geste et l’élégance
Le beau geste et l’élégance, c’était l’école du Cygne Noir des Pératout, Bévert, Franck Louis, mais aussi de Raymond Martin et Gérard Pinson. Le beau geste et le football créatif c’était le Brésil 70, le Brésil 82, plus tard la Colombie 1994 avec le « Toque ». Et puis nous avons vu progressivement évoluer ce jeu de création qui était porté cette fois par le FC Barcelone de Romario, puis Ronaldo ensuite Rivaldo et qui a trouvé sa forme quasi parfaite avec l’arrivée de Ronaldinho et puis enfin ce fut le Barça de Joseph Guardiola avec Messi, Iniesta et Xavi. Nous avons partagé plus d’une cinquantaine d’années d’observation et de lectures du football. Nous avions en commun le goût d’un football intelligent, inventif, respectueux des règles.
Raymond n’est plus, mais il aura eu le bonheur de vivre ce cycle complet du football-art.
Il y a apporté sa contribution. Professeur de sports il a aussi formé de nombreux jeunes en leur inculquant le fair-play dans la vie. Nous avons eu ensemble le plaisir de visiter le temple du beau jeu, le Nou Camp à Barcelone, en juillet 2011. C’était un signe.
Raymond a disparu le 27 juillet 2012.
Jean MARTIN
“Moi, MARTIN Raymond, né un 22 Septembre 1945 au Lamentin, en Martinique. Arrivé à Basse-Terre en 1957, je joue mes premiers matches de football avec les scolaires du Lycée Gerville-Réache et connais mon premier et seul club, le Cygne Noir. Attaquant, à ce moment, j’ai pu avoir le plaisir immense d’évoluer un jour aux côtés des virtuoses qu’étaient les PERATOUT, MOANDA, FRANCILLETTE et tous les autres.
Avec le Cygne Noir, j’ai connu des moments de joies intenses en tant que joueur, dont les plus marquants : champion en 72-73 ; Victoire sur la sélection d’Haïti qui préparait la coupe du monde (4 à 1); Match nul avec l’America Football club du Brésil (1 à 1) qui possédait en son sein ABEL et ZEZINAO, deux pré-sélectionnés du Brésil; la coupe des DOM TOM en 1973 après notre victoire sur la Réunion 2 à 1 à Marseille. Un match mémorable contre le C.A Montreuil et les rencontres face à Valencia et Deportivo Cali au Venezuela et à Pasendu au Brésil. Si j’ai débuté comme attaquant, le poste dans lequel je me suis surtout exprimé a été celui de libéro.”DOSSIER : Les 90 ans du CYGNE NOIR
- Editorial
- Il était une fois….Guy Pératout
- L’équipe de rêve
- Raymond et l’évolution du jeu
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L’Équipe de rêve
Pour entrer dans la légende, on attend souvent du grand joueur qu’il soit associé à une grande équipe, à un grand évènement. Guy Pératout a été le leader de la prestigieuse équipe de la saison 62-63 championne sans perdre un match.
Tout bon Cygne Noir a la photo en tête. Il est bon d’en raviver le commentaire.
Ce n’était pas une équipe d’exception dans toutes ses lignes. Ainsi la défense était correcte et composée de bons joueurs. Dans les buts Tompouce était sûr. Avait-on besoin qu’il réalise des exploits ? En défense centrale Régent dit « ITO » était le capitaine expérimenté avec à ses côtés le jeune Durizot. Les latéraux étaient, à droite, Edwige Pinson, spécialiste des corners et coups francs ou Fauconnier, une belle présence athlétique et de l’autre côté, François Parnasse qui a fait une longue et belle carrière au Cygne, joueur et éducateur.
A partir de là, on changeait de monde. Tous les autres ont marqué leur époque, par leur talent, par l’originalité de leur contribution. Ils ont tous été membres de la Sélection de Guadeloupe. Au milieu il y avait José Joseph, pas très grand mais avec une détente surprenante qui lui permettait de récupérer les balles hautes de la poitrine pour les ramener au sol où sa couverture et ses cuisses puissantes en faisait un objet imprenable prêt-à-être livré à ses partenaires. L’autre milieu était Fred Pératout. C’était un Pératout. Complément de la défense ou liaison avec l’attaque, Il savait tout faire avec un grand sens du placement.
L’attaque était hors norme. A gauche Ernest-André était un ailier de débordement à la frappe lourde, percutant et déterminé. Le trio final était exceptionnel. A côté de Guy le meneur de jeu, li y avait « la pépite » comme on dirait aujourd’hui, Christian Francillette, complément idéal et totalement opposé. Explosif et très mobile, il multipliait les appels et n’avait qu’une obsession, c’est le tir. Il avait à peine 20 ans mais malgré sa remarquable technique, il n’avait pas de temps pour les fioritures. Il était promis à une grande carrière mais un accident à l’œil l’empêchera de poursuivre. Le troisième était Georges Moanda dit « Kapouyout ». Tous les connaisseurs l’adoraient. Il aurait été le leader technique dans n’importe quelle attaque. Mais sa notoriété et sa discrétion naturelle ont un peu souffert de la grande lumière braquée sur Guy. Un peu comme tous ces 10 brésiliens de talent qui ont eu le tort d’être contemporains de Pelé. Moanda évoluait sur le côté droit. Ses contrôles orientés déroutaient et ses passes étaient d’une précision réputée. Une sorte d’Iniesta avant l’heure.
Pour que la légende soit belle il y avait aussi le manager François Venutolo. Guadeloupéen et Vénézuelien.
Il confirmait la couleur sud -américaine qui était celle de notre football. A l’époque. Il a su dire à chacun combien il avait confiance en son potentiel et comment il entendait mener le groupe vers sa meilleure expression. Quand le Cygne jouait tous savaient qu’il ne fallait pas manquer les préliminaires. Une bonne partie du public s’attroupait autour des joueurs pour assister à leur échauffement. C’était magique de les voir manier la balle. Et puis le rideau se levait et le ballet commençait. Un récital technique avec un jeu en passes courtes avec déviations et une-deux. Tout cela agrémenté de dribbles et de gestes techniques qui n’étaient pas exclusivement tournés vers le résultat immédiat. Des temps intenses mais aussi des moments de grâce où les joueurs goûtaient leur plaisir de réaliser une belle œuvre.
Et le public appréciait. Le jeu était roi et les plaisirs étaient variés. Nous étions bien loin du temps bien triste « où seul le résultat compte ».
“Quand tout le monde joue bien, y compris les arbitres, le public, la balle est heureuse. Pas de grands coups de botte qui lui font mal, l’envoient valser dans les tribunes. Elle chante, on l’entend, elle fredonne la mélodie qui tisse ses méandres, ses allées et venues d’un pied, d’une tête à l’autre. Elle croque du gazon avec gourmandise. Ballet. Le stade entier ronronne de plaisir, c’est la fête.”
Ces mots ont été écrits en 1977 par Georges Perros. Ils auraient pu avoir été inspirés par le Cygne de cette époque.
Jean MARTIN
DOSSIER : Les 90 ans du CYGNE NOIR
- Editorial
- Il était une fois….Guy Pératout
- L’équipe de rêve
- Raymond et l’évolution du jeu
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Il était une fois … Guy Pératout (1940 / janvier 2019)
C’est avec unanimité que la Guadeloupe a tenu à honorer la mémoire de Guy Pératout. Ceux qui ont écrit, ont dit que le joueur était talentueux et l’homme agréable. Mais Guy Pératout c’est bien plus que cela. Il a imprimé l’inconscient des amateurs de football qui ont eu la chance de le voir évoluer. Alors, paraphrasant Cyrano dans la tirade du nez, je déclare : « C’est un peu court…On pouvait dire… Oh Dieu ! … bien des choses en somme. »
Quand on pense à Pératout, les mots qui viennent sont plaisir, émerveillement. On l’a souvent qualifié de magicien. Le mot n’était pas trop fort car il a réussi à fasciner des milliers de spectateurs.Un homme simple et discret.
Guy était affable, correct, agréable, distingué… même humble. On pourrait s’en étonner, se demander comment il pouvait être aussi simple et naturel alors qu’il ne pouvait pas ne pas se rendre compte de l’admiration qu’il suscitait chez tous ceux qui l’avaient vu à l’œuvre. Nous avions, au quotidien, le sentiment de côtoyer un être d’exception.
Un joueur hors du commun.
C’était un jongleur hors-pair car la balle répondait toujours admirablement à toutes ses sollicitations. C’était aussi un des premiers à maîtriser et magnifier le contrôle de la poitrine. Ce n’était pas un athlète qui accélère ou qui se détend. Sa sureté dans le contrôle même dans les parties hautes de son corps, poitrine, épaule, tête lui donnait un avantage dans le jeu aérien, non pas pour jaillir ou chercher le duel mais pour reprendre le contrôle de la balle et la ramener au sol, domaine ou s’exprimait le mieux le jeu du Cygne.
C’était un jongleur aux pieds agiles. Il excellait dans toute la diversité des passes, lobées, liftées, piquées, en frappes sèches ou feuilles mortes. Guy était avant tout un dribbleur. Pas de déhanchement ni de rupture d’équilibre, il gardait toujours son port altier de longiligne. Sa spécialité était de faire naviguer la balle d’un pied à l’autre. Il vous l’offre et vous la reprend. A gauche, à droite, ou plutôt en l’air : « ou wey ou pa wey… » et cela n’excluait pas le crochet intérieur ou le râteau. N’oublions pas qu’à l’époque nos références étaient le football du Brésil et de l’Argentine (pied sur la balle, râteau, roulette…).
Éloge du style.
Il avait l’adresse brésilienne dans les pieds mais le port majestueux d’un danseur de Tango Argentin. Fier sur son axe, le bon danseur de tango est le maitre du jeu qui dirige sa partenaire mais qui se met à son service quand elle embellit la danse de ses inspirations. Il se crée, alors, un dialogue dans lequel il est tour à tour maître ou serviteur attentionné pour que la création du couple soit réussie. Ainsi, Guy avait, en même temps, le ballon tout à son écoute et un adversaire qui se refusait… Mais qui finissait souvent par se laisser subjuguer par les invitations du maître. Parfois il se rebellait et usait d’expédients pour ne pas être la cible des moqueries du public … davantage encore quand le duel se jouait côté tribune.
Un artiste avant tout.
Son allure, son élégance avaient le don d’irriter les adversaires qui ressentaient sa facilité comme de l’insolence, de l’arrogance. Oui, voir évoluer Guy nous faisait comprendre que nous ne sommes pas égaux face au talent. Guy donnait du plaisir et se faisait plaisir. Alors il pouvait lui arriver d’abuser, de retarder la passe alors qu’il avait créé la brèche. L’artiste, parfois, se laissait griser par le plaisir de la création.
Guy Pératout n’est plus mais son art l’a rendu immortel dans beaucoup de cœurs.Des jours mémorables.
Quand l’évènement était important et l’adversaire prestigieux Guy se sublimait et entrainait avec lui ses partenaires. Champion en 1972. Le Cygne a brillé au Stade du Lamentin contre le CA Montreuil. Il a été magistral contre le Club Franciscain à Capesterre. Il a fait le spectacle contre les Brésiliens de l’America FC. Il a écrasé l’équipe Nationale d’Haïti en tournée de préparation de la Coupe du Monde en Italie. Il a fait jeu égal contre les professionnels de Valencia et Deportivo Italia au Venezuela. A titre personnel Guy a brillé en 1971 avec la Sélection contre le Santos FC avec Pelé.
Pératout et l’âme du Cygne.
Guy n’a pas créé le style Cygne. Bien avant lui le Cygne se caractérisait déjà par un goût affirmé pour le maniement de la balle et la priorité accordée à la solution technique. Mais il est sûr que son passage a renforcé les convictions.
Le Cygne a régulièrement produit des joueurs de qualité. Certains ont influencé leur poste. Je pense à Gilles Bévert, un 10 animateur d’attaque à la fois clairvoyant et adroit face aux buts. Et surtout sans égal, dans la maîtrise de la reprise de volée. Il était aérien, léger, précis et inventif. Franck Louis, disciple de Guy, il en avait l’adresse mais pas la « folie ». En défense, le tandem Raymond Martin-Gérard Pinson a été une révolution technique et tactique. Et puis bien d’autres encore comme Lancastre ou Coicou dans les buts, Miltane James, les Colombo, Wills … des arrières-attaquants comme Fargeau, Raymond Germain…Un art qui inspire.
Quand le football est joué d’une certaine manière, il crée des moments de vrai bonheur. Il enrichit la vie. Le Cygne a façonné, notre approche du football, un football qui ne vaut que si sa dimension artistique est préservée. Le Cygne c’était une identité de jeu, inspirée par une émotion esthétique partagée par tous, au-delà des joueurs, au-delà du football.
Ainsi, le Cygne excellait en basket et au hand avec les mêmes sensibilités.Les magiciens du football guadeloupéen
Heureux football guadeloupéen qui avait engendré ce joueur d’exception qu’était Guy Pératout. Le plus extraordinaire c’est qu’à cette époque il n’y en a pas eu un mais bien deux car au Racing Club de Basse-Terre il y avait Michel Glaude. Glaude est parti en Martinique et a joué au Good-Luck. Les Martiniquais l’ont connu et en ont été conquis. Ces deux joueurs avaient la même allure, une dextérité égale, même s’ils en profitaient différemment. Les deux étaient aussi d’excellents basketteurs. En fait deux êtres bénis par les dieux du sport.
Dans ce registre le seul qui semblait être sur cette voie a ensuite été Frantz Désiré. On se souvient d’une rencontre à Basse-Terre (Cygne Noir – Juventus de Ste Anne) entre le maître Guy Pératout et Frantz tout jeune mais sans complexe, il avait lui aussi une maitrise admirable. Et puis, lui aussi, il est parti en Martinique dans une équipe tournée vers la performance, le CS Vauclinois. Désiré a réussi une belle carrière. Plus près de nous citons Franck Louis. Aujourd’hui CTR, ce fut un joueur merveilleux, avec une tendresse particulière de la part du Cygne car Franck a été formé avec Guy animateur de l’école du Cygne Noir. Mais, les temps n’étant plus les mêmes, Franck était un authentique footballeur qui ne se laissait pas distraire par les fantaisies « gratuites » …comme on dit aujourd’hui.Jean MARTIN
DOSSIER : Les 90 ans du CYGNE NOIR
- Editorial
- Il était une fois….Guy Pératout
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Le Cygne Noir a 90 ans
Avant-propos
Ce dossier est publié pour marquer les 90 ans du Cygne Noir.
Il se situe totalement dans la lignée des productions de Sports Plus. Il nous rappelle, que l’engagement qui nous a réuni était exceptionnel (35 ans de bénévolat). Pour la plupart d’entre nous, une de nos motivations premières était la volonté de redonner au sport une part de ce qu’il nous avait apporté grâce aux associations dans lesquelles nous avons été élevés.
C’est ainsi que, pour moi, beaucoup de ce qui a construit mon approche du sport et du football en particulier comme rédacteur à Sports Plus a été influencé par cette époque heureuse de ma jeunesse au Cygne Noir de Basse-Terre en Guadeloupe. Une période faste pour le Cygne Noir sur laquelle j’ai choisi de revenir plus particulièrement.Merci à nos amis de « antilles-sport.com » d’accueillir cette contribution. Félicitations à « antilles-sport.com » qui compte maintenant 20 ans.
Éditorial : Heureux anniversaire Cygne Noir !!!
A quoi tient l’attachement à un club ?
La question mérite d’être posée quand on considère les pratiques actuelles chez les joueurs qui passent d’un club à l’autre, chez les supporters qui, en perte de repères, se distraient ailleurs. Pour ma part, j’ai eu envie de contribuer à l’écriture du Roman du Cygne Noir en revenant sur une de ses périodes les plus fastes. Je voudrais témoigner de ce qu’a représenté le Cygne dans la vie d’un jeune dans les années 60 et 70. La vie de son club, c’est sa vie, ce sont ses émotions. Et au cœur de cette vie-là, il y a ces souvenirs gravés en chacun de nous, les images de nos idoles, les plus beaux buts et des moments remarquables. C’est là le sens du témoignage que je souhaiterais apporter. En partant du plus emblématique des personnages (Guy Pératout), renforcé par l’évocation du souvenir le plus fort (L’équipe de 62-63).
Parler de Guy Pératout, c’est dire que le foot peut être un art. Parler de Guy Pératout c’est dire que le Cygne Noir a été grand. Guy Pératout c’est le Cygne. Mais le Cygne c’est beaucoup plus que Guy Pératout.
C’est aussi toute une lignée de joueurs de talent mais aussi d’autres plus modestes qui ont, en commun, au moins, le goût du geste beau… Dans le sport et dans la vie. Le Cygne c’était un style, une invitation à faire bien, une éducation au refus de l’à peu près. Tout cela pour dire que le Cygne a été unique. Mais qui pouvait le dire mieux que Raymond Martin qui a apporté sa pierre à l’édification de la légende. Je vous propose de le retrouver dans un texte qui avait été publié dans le tout dernier numéro du journal Sports Plus n° 478 de janvier 2013 : « Raymond et l’évolution du jeu ».
Le Cygne a 90 ans.
C’est une histoire longue qui montre qu’il a su s’adapter à l’évolution des temps. La famille doit être très grande, de tous ceux chez qui le Cygne a laissé des traces. `C’est là, sans doute, un atout à exploiter par ceux qui continuent, avec dévouement et obstination, à le faire vivre au quotidien.
Merci à eux tous.
Heureux anniversaire Cygne Noir !!!
Dédicace
Le Cygne a connu beaucoup de dirigeants de qualité. En mémoire de ceux qui ne sont plus là, permettez-moi une dédicace personnelle pour trois d’entre eux qui ont beaucoup compté dans mon parcours de Cygne.
- Pierre Martin qui a été président pendant 24 ans. Il avait le sang vert et noir. (2011).
- Guy Brudey, basketteur d’abord, il a exercé toutes les fonctions, homme attachant, une figure de style. (2018).
- Raymond Delannay, Trésorier mais, avant tout, il a été notre premier ami à notre arrivée en Guadeloupe, celui avec qui « nous sommes entrés en football » sur les pentes pierreuses du Fort Delgrès. C’est lui qui a amené « les Martin » au Cygne. (2015)
Un entourage bienveillant
Le Cygne disposait d’équipements de qualité. Il en était ainsi pour le Racing et la Gauloise, soit les 3 clubs de Basse-Terre. C’était donc un lieu de pratiques et de rassemblement permanent. Tout cela animé par des dirigeants et un encadrement d’adultes convaincus et impliqués. Un entourage bienveillant et maternel… car les femmes étaient présentes, actives et précieuses. Elles étaient au cœur de notre univers de jeunes de Basse-Terre amoureux du Cygne Noir. Elles ont contribué à faire de nous des adultes responsables. Pour les représenter toutes, je citerai Mesdames Bourgeois, Feler, Brudey… et tout particulièrement « la Présidente », Mme Loisel qui nous a quittés cette année.
Jean MARTIN
DOSSIER : Les 90 ans du CYGNE NOIR
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Tony MARTY ou Nos MOTS PHOTOS
On ne sépia pourquoi arrive ce jour où la photo devient subitement sous-ex. Pourquoi, elle s’arrête un matin de footing, laissant alors la place aux albums de vie, avec des images qui ne se lisent plus qu’au seul passé simple.
Sa vie durant, Tony traversa un poster couleurs, avec en riches tonalités ses parents, sa famille, son foyer, ses amis. Et dans des teintes fortes, le lycée, le foot, le hand, Sports-Plus, France-Antilles, le militantisme syndical, espaces multiples auxquels il donna une profondeur de sens, avec tant de valeurs humaines.
Vu des gradins et tribunes, Tony fut une silhouette tranquille derrière les buts de foot ou sur les lignes de hand. Il devint même la silhouette-objectif qui, sans cesse, fit des zooms sur les compétitions. Mais inscrit également dans l’action du hand-ball, l’homme se mit au service de la discipline, de la ligue, l’artiste s’impliquant notamment avec ses expos-photos, ses fondus-enchaînés, qui fixèrent l’historique de ce sport.
Assurément, pareil diaporama de vie fut riche, car nullement enfermé dans le seul cadre photographique. Tony, on en convient, fut aussi un homme de synthèse, celui qui souvent rapprocha les points de vue contraires, structura et finalisa les projets, les actions, les productions.
À la lecture de ces albums de vie que laisse Antoine Marty, l’enseignant, le journaliste-photographe, l’artiste militant, l’artisan de l’action, l’homme de ré-union, nous vient le sentiment profond d’une existence accomplie. Et il nous reste tant de respect pour l’engagement multiple, tant d’amitié pour Tony.
Au bout du petit matin sportif, a donc surgi le contre-champ brutal qui rompt la vie terrestre. Aussi, empruntes-tu déjà cette route qui s’en va, et jamais ne revient.
T’accompagnant alors de nos très respectueuses pensées, de nos prières religieuses ou civiles, nous te disons tout simplement adieu Tony. ADIEU ET MERCI !
Sports-Plus mars 2020
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Coupe des nations de la Caraïbe : Vessies et lanterne rouge
La Sélection de Martinique termine dernière de la Coupe des Nations de la Caraïbe 2017, manifestation disputée à domicile. Et malgré notre position inconfortable de lanterne rouge, la Ligue de Football de Martinique nous dit que nous n’avons pas à… rougir.
Et puis la litanique faute des présidents de clubs pros qui ne libèrent pas « nos » joueurs pros. Et bien sûr, elle parle déjà de la Gold Cup, soit le niveau supérieur. Ça semble un peu paradoxal, puisque nous visons au-dessus, alors que nous avons échoué en dessous !!! Les interrogations se bousculent donc dans notre tête défaite : y allons-nous pour progresser ? Ou progressons-nous pour y aller ? Existe-t-il une véritable adéquation objectifs-moyens ?
Des pros aléatoires

La Ministre des Sports, Laura Flessel ne semble pas favorable à une adhésion à la FIFA Lors des tournois officiels, les pays de la Caraïbe peuvent faire appel à leurs joueurs professionnels. Ne bénéficiant pas du même statut, la Martinique n’a pas les moyens de contraindre les présidents de clubs professionnels. Elle se trouve donc condamnée à faire avec les joueurs libérés et susceptibles de renforcer notre Sélection. Il résulte de cet apport aléatoire des écarts de niveau, avec les conséquences que nous savons : nous sommes fiers d’être qualifiés pour la Gold Cup 2017 où nous jouerons dès le premier tour contre des pays tels les USA, le Panama et le Costa Rica, alors que nous venons d’échouer face à Curaçao et la Guyane en Coupe des Nations de la Caraïbe. Pour répondre à ce recrutement de pros incertain, deux types de réponses semblent possibles.
D’une part, une démarche conjointe Martinique, Guadeloupe, Guyane, auprès du gouvernement et des instances du foot français. Elle viserait à modifier verticalement notre demande aux clubs pros et à lui donner un fondement juridique. Avons-nous tenté une telle démarche ? Notons qu’une demande conjointe pour une adhésion à la FIFA, a été faite par ces 3 ligues et celle de Saint-Martin. En tant que membres de cette fédération internationale, nos régions bénéficieraient de fonds d’aide au développement du football. Pour l’instant, la FFF et l’État ne sont pas favorables à une telle adhésion. Et lors de son passage en Guadeloupe puis en Martinique, la toute nouvelle ministre des sports, la Guadeloupéenne Laura Flessel, n’a pas semblé plus disposée que son prédécesseur. Mais, disons-le, il s’agit là d’une autre problématique que la libération de nos joueurs pros, pour des compétitions officielles de l’UFC et de la CONCACAF.

Florent Malouda est avec la Guyane D’autre part, un meilleur jeu d’influence auprès des présidents de clubs des joueurs convoités ; ce qui implique dès le début de saison un contact avec le joueur ainsi que le club, et donc une stratégie de persuasion. Autrement dit, nous devons nous donner les moyens de nos ambitions. Pour le recrutement de pros de bon niveau, il faut, dit-on, bénéficier de la contribution d’anciens joueurs professionnels qui ont gardé leur carnet d’adresses. À ce jeu, la Guadeloupe a réussi pendant longtemps grâce (dit-on) à Jocelyn Angloma, et la Guyane y parvient aujourd’hui avec, semble-t-il, Bernard Lama, Florent Malouda ou autre Jean-Claude Darcheville. La Martinique, elle, est malheureusement à la traîne, pas véritablement capable d’influencer la décision des clubs pros, et constamment planquée derrière un « c’est la faute de l’autre », posture aveugle qui lui évite d’interroger ses propres méthodes.
Pourquoi les autres ?

Gael Germany et Frédéric Piquionne ont été pros et ont joué avec la Sélection Ils ont d’anciens joueurs qui acceptent de mouiller leur tricot pour convaincre les joueurs de leur pays, et les présidents du club où ils évoluent. Et nous ? Comme pros ayant joué ou le faisant au plus haut niveau, nous comptons notamment Éric Abidal, Raphaël Varanne, Frédéric Piquionne, Charles-Edouard Coridon, Garry Bocaly, Emmanuel Rivière ; ces trois derniers étant issus de la formation martiniquaise. Avons-nous tenté quelque démarche auprès d’eux ? Avons-nous sollicité Éric Abidal ? Au moment où celui-ci rencontrait des problèmes de santé qui ont failli mettre un terme prématurément à sa carrière, la LFM, la Région, le Département, ont-ils exprimé leur solidarité auprès de cet international martiniquais ? S’en sont-ils rapprochés ? Comment pouvons-nous demander aux Martiniquais vivant en Europe de se sentir concernés, si la Martinique n’active pas cette solidarité qui devrait entretenir les liens ? Peut-être, devrions-nous changer de logiciel !
Peut-on opérer sans le politique ?

Les moyens financiers sont limités. Depuis des décennies, nous gérons le sport sans véritable projet sportif. Malgré des velléités, aucune instance n’a vraiment posé la question du sport en Martinique, et donc défini nos objectifs, nos stratégies et nos priorités. Sans doute appartient-il aux politiques d’interroger la population, et suite à cette consultation, de lui soumettre un projet dont les moyens auront été définis. C’est ce qui a commencé à être fait lors des Assises du Sport Martiniquais initiées par la toute nouvelle Collectivité Territoriale de Martinique, en 2016 : plusieurs week-ends de débats qui devaient conduire à un « grand livre blanc », mais à ce jour, il semblerait que ces pages soient un peu ternies avant même d’être éditées !
Nous le savons tous, les moyens financiers sont limités, situation qui devrait durer, même si l’État a lancé un plan de relance pour les régions et territoires ultramarins, à hauteur de 80 millions sur 4 ans. Mais, pourquoi la CTM, propriétaire des établissements scolaires, et donc de leur gymnase, ne mettrait pas déjà en place une politique générale permettant aux clubs de bénéficier plus facilement de ces lieux ? Si une telle proposition n’a pas que des avantages, nous devons cependant nous interroger sur une optimisation de nos moyens afin d’améliorer notre ratio d’efficacité.
Être martiniquais autrement

En 2005, Charles-Edouard Coridon, s’impliquait déjà lors de stage en Martinique ; ici avec Yann Thimon et Anthony Angély C’est donc à une nouvelle ingénierie du sport qu’il faut aboutir, celui-ci s’articulant à un véritable projet Martinique ; un projet qui, bien sûr, transcenderait les alternances politiques. Sans cette vision consensuelle, nous sommes condamnés à détricoter et à régler… nos comptes de manière affligeante. Aujourd’hui, l’un de nos enjeux essentiels est, certainement, d’être martiniquais autrement, de l’être solidairement, surtout que la technologie ajoute à cette option communication. Ce lien que nous créerons ainsi nous aidera, sans doute, à avoir comme premiers ambassadeurs des joueurs qui commenceront le travail auprès du président et/ou l’entraîneur du club pro. D’avoir aussi d’anciens pros qui, parce que concernés par leur pays et connectés à celui-ci, accepteront peut-être de s’impliquer davantage.
À trop vouloir nous persuader que c’est toujours la faute des autres, nous refusons de poser le véritable problème. Aussi, disons-le : contrairement à ce qu’affirme la LFM, nous avons des raisons de rougir de cette débâcle à domicile ! Il est donc grand temps d’arrêter de prendre les vessies pour des lanternes !
Club SPORTS PLUS
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Coupe des nations de la Caraïbe : le flop martiniquais !
La phase finale de la Coupe des Nations de la Caraïbe n’a pas eu l’issue espérée par la Ligue de Football (LFM) et le public martiniquais. La Sélection de Martinique termine, en effet, dernière d’une compétition qui souligne beaucoup de dysfonctionnements.
Le dur retour à la réalité

Le public avait répondu présent lors du 1er match pour soutenir sa sélection Le public était venu nombreux le jeudi 22 juin, afin de soutenir la Sélection en demi-finale face à Curaçao. Pour cette dernière phase finale de la Coupe des Nations de la Caraïbe dans ce format organisé à domicile, les Martiniquais nourrissaient de grandes ambitions. « Nous ferons tout pour gagner et faire plaisir à nos supporters » annonçait Jean-Marc Civault, le sélectionneur.
Au final, rien ! Face à une très belle équipe de Curaçao, la Sélection fait illusion pendant 20 minutes, le temps pour Yoan Arquin d’inscrire l’unique but martiniquais de la compétition. Le président Samuel Péreau avance le fait que les Curaciens étaient très forts, et que la Martinique n’a pas les moyens financiers. Oui, Curaçao était au-dessus du lot lors de cette phase finale. Oui, Curaçao possède des joueurs évoluant à Southampton, Aston Villa, Vitesse Arnhem, Willem ou en Slovaquie. Oui, la Martinique ne dispose pas des moyens financiers permettant de disputer le nombre de matchs amicaux souhaités. Mais, l’agressivité, la discipline et le cœur sont des leviers qui permettent au moins de sortir du terrain la tête haute !
Réussir une belle performance comme battre Trinidad pour accéder à cette phase finale, avait demandé beaucoup de rigueur, de concentration et de dépassement de soi. Ce soir-là d’octobre 2016, sur cette même pelouse du stade Pierre Aliker, les joueurs étaient quasiment les mêmes à l’exception de Julien Faubert, présent dans l’entrejeu face aux Soca Warriors. Lors de ce match, la Martinique avait fait preuve de solidarité et d’agressivité. Alors comment expliquer que cette même équipe donne une prestation si mauvaise face à Curaçao ?
Des manques à tous les niveaux

Décisif face à Trinidad, Steeven Langil a été moins performant. Plusieurs pistes sont à envisager. La 1ère est donnée par l’entraîneur Jean-Marc Civault lui-même, quand il répond à une question d’un journaliste concernant le manque d’influence de joueurs comme Steeven Langil ou Antoine Jean-Baptiste, tous 2 si brillants lors des sorties précédentes avec la Sélection. « Ce sont des joueurs qui sont en vacances… » lâche le sélectionneur martiniquais ! Dans ce cas, pourquoi sont-ils là ? Les joueurs extérieurs de la Sélection de Guyane, à l’image d’un Florent Malouda remplissant parfaitement son rôle de guide, n’ont pas semblé « en vacances » ! Surtout que, lors du tour précédent, ces mêmes éléments avaient été au niveau de ce que l’on attendait d’eux. Quelles sont donc les conditions de venue d’un joueur en Sélection ? Quelles sont les règles établies par les dirigeants et l’encadrement technique ? Ces règles sont-elles les mêmes pour tous ? Qu’il vienne de l’Assaut, du Golden Lion, du Club Franciscain ou du FC Barcelone, un joueur qui répond favorablement à l’appel de la Sélection de Martinique, doit pouvoir donner le maximum pour ce maillot qu’il a choisi de porter !
Sur le terrain, la Sélection n’a pas été au niveau. Des 4 équipes présentes, elle est la seule à ne présenter aucun fil conducteur. Quand Curaçao séduit par son organisation collective et sa technique ; quand la Guyane monte en puissance avec un jeu de possession cohérent ; quand la Jamaïque échoue avec son jeu direct, la Martinique tâtonne. Elle improvise et compte sur une fulgurance d’un de ses joueurs ! Mais ce spectacle désastreux ne s’est pas limité à l’aire de jeu. Lors de la cérémonie protocolaire en fin de tournoi, grande fût notre surprise de voir s’avancer le vice-président de la LFM pour récupérer le prix du…fair-play !!! Aucun joueur martiniquais n’était, en effet, présent pour recevoir le trophée remis par les hauts dirigeants de la CONCACAF et de l’UFC. Si cela n’est pas de l’organisation réussie…
Et maintenant ?
En 2010, l’échec avait déjà été retentissant. Cette phase finale 2017 est encore pire ! Hors la situation avait été clairement identifiée : la Martinique manque de moyens pour rivaliser avec les grandes nations de la Caraïbe. Pourtant, à chacune des campagnes caribéennes suivantes, le discours des dirigeants du football martiniquais, était le même : « l’objectif est de se qualifier pour la Gold Cup ». Pour faire quoi… puisqu’il n’y a pas de moyens ? Le « projet » de faire les jeunes participer à davantage de compétitions dans la Caraïbe (comme cela se faisait dans les années 80-90) avait été annoncé. Sauf que depuis 2010, les U15 y ont participé deux fois, les U17, une fois, et les U20… jamais ! Un bilan famélique qui témoigne de l’absence d’un véritable projet. Un jeune footballeur martiniquais effectue le tournoi Claude Elise et la phase Antilles de la Coupe Nationale en U15, puis le tournoi Paul Chillan en U17. En règle générale, cela s’arrête là. Soit 10 matchs, en étant très généreux, entre 14 et 20 ans ! Sans compter que nos clubs séniors ne participent plus aux compétitions caribéennes, comme c’était le cas avant.
Alors, à quand le dirigeant qui admettra qu’il faut peut-être, sans doute même, du temps pour la formation ? Qui acceptera que, durant quelques années, l’équipe séniore soit une vitrine moins « clinquante », de façon à permettre une meilleure formation ? Un tel choix pourrait peut-être permettre qu’un jour, qui sait, la Martinique redevienne la meilleure équipe de la Caraïbe, comme elle l’a été à trois reprises… Il est assurément urgent que cesse ce flip flap qui a conduit au flop devant notre public.
Club SPORTS PLUS
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Est-ce vraiment draft ?
La NBA a procédé à la DRAFT 2017, et pivot de Nanterre, un jeune parti de notre pays à l’âge de quinze ans, a été retenu par les Sixers de Philadelphie (USA). À cette occasion, le présentateur a tenu ce propos si beau, certainement jamais entendu à un si haut niveau : « Mathias LESSORT, from le Morne-Vert, Martinique »…
Ajoutant à la beauté du discours, ce Martiniquais a montré à la presse l’écusson aux quatre serpents qu’il a cousu à l’intérieur de sa veste. Depuis les réseaux sociaux s’interrogent : le drapeau martiniquais est-il celui de l’époque coloniale (4 trigonocéphales sur fond bleu et blanc) ou le « rouge, vert, noir » nationaliste ?
Identités d’emprunt

Lors de la Coupe de la Caraïbe, le drapeau Rouge Vert Noir était de sortie dans les tribunes. Avant toute chose, saluons le geste de ce jeune, quel que soit le symbole retenu pour souligner son origine martiniquaise. Ce niveau de conscience l’honore d’autant plus que beaucoup d’originaires de notre pays ne le font pas, ou se disent « antillais ». C’est là un adjectif fantôme qui mérite une remarque : sont théoriquement antillais, tous les habitants de Cuba jusqu’à Trinidad. Mais dans une simplification linguiste, les Français, et nous avec eux, ont pris l’habitude d’appeler antillais les seuls originaires de Martinique et de Guadeloupe, identification réductrice qui ajoute aux domien, ultramarin, négropolitain, etc. Par ailleurs, le discours évite aujourd’hui la terminologie « noir » et lui préfère celle de « black ». Aussi sommes-nous, certainement, les seuls Afro-descendants à ainsi divaguer dans des identités d’emprunt.
Un exemple parmi d’autres : les Guadeloupéens ont choisi le nom de Gwadaboys pour leur Sélection de football, et nous celui de Matinino ! Une telle référence aux Amérindiens et à cette « île aux femmes » (certainement pas aux fleurs), était possible car historique. Mais était-ce suffisant pour nous fixer dans un passé premier ? Faut-il rappeler que des sociologues caribéens soulignent que la référence aux Arawaks et Caraïbes, masque parfois une volonté de nier notre afro-descendance ? De manière surprenante, car nullement justifiée par la LFM et validée par la population, « La Sélection de Martinique » est donc devenue ces étranges Matinino, « ych san papa », sans âme, perdus dans un nom d’emprunt. La problématique du drapeau martiniquais nous situe dans une fuite en arrière comparable, quoique différente.
Retour historique

Pour Alfred Marie-Jeanne, il faut d’un drapeau consensuel En mars 1946, les « quatre vieilles colonies » deviennent départements d’Outre-mer. La Martinique est en pleine euphorie assimilationniste, avant qu’émergent dans les années 60-70 des aspirations politiques nouvelles : l’Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste Martiniquaise est le premier mouvement qui, dès décembre 1962, pose la question du statut en termes de lutte de libération nationale. C’est vraisemblablement dans les prisons françaises de Fresnes où sont incarcérés des militants de cette OJAM, que les couleurs Rouge, Vert, Noir, prennent valeur de drapeau nationaliste. Après avoir été colonie, département, département-région, et au jour collectivité territoriale, la Martinique se trouve toujours dans un welto : le drapeau aux serpents ne gênant certainement pas la droite martiniquaise, il incombait à la gauche d’en poser la question.
Mais les progressistes et nationalistes qui dirigent notre pays depuis des décennies, ne l’ont pas fait ! Au mieux, ils se sont contentés d’évoquer le sujet, sans jamais le prendre à bras le corps. Pareil refus d’assumer est, bien sûr, collectif, et nullement attaché à tel politicien ou tel parti. Il témoigne d’une démission de Nous-Mêmes, car rien n’interdisait à notre population de contraindre nos instances au traitement de la question. Il convient ici de souligner que dans son discours de clôture des Assises du Sport Martiniquais, le 30 juillet 2016 à l’IMS, Alfred MARIE-JEANNE, président de la Collectivité Territoriale de Martinique, a affirmé que notre représentation dans le sport ne pourra se faire qu’avec un drapeau politique. « Il faut d’un drapeau consensuel, a-t-il dit, pour tout le monde ». Nous espérons que les actes suivront, car pareil propos a déjà été tenu en 2006-2008, lors de Gran Jé Matinik !
Aujourd’hui encore, nous continuons à perdre la bataille de l’image, alors que nous sommes dans une société de la communication et, de ce fait, ne pouvons ignorer les codes, ainsi que la grammaire de l’iconographie fixe ou mobile. Un récent exemple peut illustrer notre propos : le logo de la CTM qui semble véritablement pris dans des couleurs et des symboliques zombies. Utilisé, en effet, dans le tourisme, l’ancienne pub achetez local, également sur l’emballage de chips made in Martinique, le colibri est déjà fortement connoté. En outre, il a cette singularité d’être polysémique, puisqu’il peut signifier la légèreté, la progression, le surplace ou même le recul. À noter qu’à l’époque du Conseil Région, cet oiseau présentait une dimension verticale, traduction symbolique d’une volonté de s’élever, de performer. Aujourd’hui, avec ses couleurs illisibles, le nouveau logotype tient un discours trop large, pour que son message soit accessible.
Le drapeau de nous-mêmes
Revenons au sujet ! Notre indécision lacunaire explique, probablement, que des jeunes interrogent le drapeau de notre pays ; voir notamment une consultation sur Facebook qui aurait enregistré 10.000 réponses. En tardant à assumer, nos politiciens ont ainsi laissé l’espace médiatique aux « 4 serpents » ; cliquez sur internet drapeau martiniquais. Une chose est certaine : à fuir encore nos responsabilités, le paradoxe sera définitivement accompli d’ici quelques générations. Et cet étendard colonialiste nous définira alors. Du fait de notre laxisme, de notre indécision, nous serons sans doute le seul pays caribéen drapé dans des couleurs contraires, des couleurs coupables, car attachées au commerce esclavagiste.
En conclusion, saluons la performance sportive de Mathias LESSORT retenu par la DRAFT 2017. Puisse son geste si joliment martiniquais, nous pousser à choisir, enfin, nos couleurs identitaires. Nous nous devons de le faire collectivement, au nom de Nous-Mêmes et de notre pays. Nous nous devons donc de nous mettre debout ! Sauf si une nouvelle fois, nous désertons dans une énième fuite indigne, avant, bien sûr, la préambulique question est-ce que c’est grave ? Et ce démissionnaire i bon kon sa !
Ro ALGER, Jimmy URSULET, Louis-Georges PLACIDE
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MARTINIQUE-GUADELOUPE : Confrontations dans le temps
A la veille du match amical entre la Sélection de Martinique et celle de la Guadeloupe ce mercredi 26 avril 2017 au stade Georges Gratiant, nous nous associons aux membres du Club SPORTS PLUS pour proposer un dossier sur l’histoire des Martinique-Guadeloupe.
Le moins qu’on puisse dire, est que la Martinique et la Guadeloupe ont des relations sportives difficiles, rivalité tendue qui trouve son origine dans une rivalité historique. Cette opposition débute avec la période coloniale, et lorsqu’au milieu du XVIIe siècle la Régence veut établir une tête de pont, elle choisit la Martinique. Dans la première décennie du XVIIIe siècle, la Martinique est même officiellement promue pour jouer le rôle de capitale des îles, ce qui lui donne, notamment, le privilège d’être la seule à entretenir directement le commerce du sucre avec la métropole. Même le vocabulaire traduit cette hiérarchisation des îles, puisque l’on dit « les seigneurs de Saint-Domingue, ces messieurs de la Martinique, et les bonnes gens de la Guadeloupe ». Cette rivalité administrative et économique qu’entretient la « métropole », laisse des traces durables qui, certainement, ont alimenté le chauvinisme dont les uns et les autres font preuve aux différentes confrontations sportives. Il n’y a pas de véritable match amical entre les pays de Guadeloupe et de Martinique. S’il est un terrain où cet antagonisme s’est toujours exprimé, tant en Sélection qu’en club, c’est bien le football. Aussi avons-nous défini les grandes périodes où l’une des îles a dominé l’autre. Alors flash-back !
Tournoi du consul des USA
Dans les décennies 60-70, et jusqu’au milieu de cette dernière, les matchs Martinique/Guadeloupe avaient essentiellement pour cadre le Tournoi du consul des États-Unis. Cette compétition se disputait entre les Sélections séniores des deux îles déjà citées et l’Équipe de Puerto Rico. Disons-le d’emblée, les Portoricains n’y ont tenu qu’un rôle de faire-valoir, laissant les deux premiers se disputer la victoire qui ne leur échappa point au cours des 6 tournois qui eurent lieu.
La Coupe Nationale des Ligues
Il est significatif de constater que la Martinique et la Guadeloupe se partagèrent équitablement les victoires, la remportant chacune à trois reprises, avant que ce tournoi ne soit supplanté, à compter de 1974, par une nouvelle compétition, la Coupe Nationale des Ligues. Réservée aux Espoirs (-23ans), avec la possibilité pour chaque équipe d’être renforcée par 3 joueurs plus âgés, elle opposait le vainqueur d’un tournoi regroupant les ligues de l’hexagone à celui du tournoi opposant les ligues antillo-guyanaises. Les deux vainqueurs se rencontraient en match aller-retour. Il est difficile de l’expliquer, mais cette nouvelle compétition suscitera un engouement inimaginable, au point de devenir la compétition de référence, les Espoirs devenant d’un coup, la vitrine du football. La Coupe Nationale des Ligues ne se jouera, cependant, que de 1974 à 1978. Une courte période, mais suffisante, pour que les représentants des Antilles-Guyane se paient la part du lion. Ils la remportent à 4 reprises : la Martinique qui, lors de la toute première édition s’est inclinée face à la ligue d’Alsace, puis s’impose en 1975-76-77, et la Guadeloupe en 1978.
L’inoubliable leçon !

Marie-Camille FAGE été l’un des hommes forts de la Sélection de Martinique. C’est donc dans le cadre de cette Coupe Nationale des Ligues que l’Équipe Espoir de Guadeloupe s’est présentée au stade Louis Achille en 1974, pour ce qui était déjà une finale puisque la ligue de Guyane avait déclaré forfait. Il convient ici de rappeler que cette décennie 70 a été marquée par l’affrontement des deux églises du football. Celle défendant un football d’attaque et d’inspirations que représentait le Brésil, brillant Champion du monde au Mexique. Celle d’un jeu d’abord tactique, à l’image de l’Allemagne, récente Championne du monde en 1974.
La querelle des styles de jeu qui touchait l’ensemble de la planète foot, concernait bien évidemment la France, et par extension, la Guadeloupe et la Martinique. La Direction Technique Nationale était, en effet, dirigée par Georges BOULOGNE, un hardi partisan du football tactique, admirateur du libéro et du marquage individuel, un schéma repris par les différents CTR de l’époque. Le sélectionneur de Martinique était Louis DIAZ, le conseiller technique régional, alors que celui de Guadeloupe, Jacques CILIRIE, choisi en dehors du giron fédéral, était d’inspiration sud-américaine. Avec lui, la Guadeloupe revenait en vainqueur d’un tournoi l’ayant opposée entre autres à Haïti et à Trinidad. C’est donc pleine de certitude qu’elle s’est présentée, ce jour-là, au stade Louis-Achille de Fort-de-France.
De match, il n’y en eut que durant 25 minutes, le temps pour la Guadeloupe de mener, donnant l’impression de survoler le match et de tenir son rang. La Martinique, heureusement, comptait dans ses rangs les Pilotins Marie-Camille FAGE et Louis-Félix FLAVIEN qui, dès la mi-temps, avaient déjà comblé le retard et creusé un écart (4-2). Le second temps fut un long calvaire pour la Guadeloupe, avec un public aux anges, chantant Sa maléré des Malavois, et ponctuant chaque offensive martiniquaise d’un woop wooop repris en cœur pour annoncer le prochain but. Après avoir été menés 2-0, les Martiniquais s’imposent donc 8-2 face à leur adversaire historique, score jamais vu et forcément inoubliable.
Le sentiment d’invincibilité des Martiniquais

Tant qu’Aurélia et Flavien seront là, la Martinique sera imbattable. L’écrasant succès de la Martinique, et donc cette débâcle guadeloupéenne, ont bien évidemment eu des conséquences.
La première pour la Guadeloupe fut l’arrêt de l’expérience CILIRIE. Pareil cataclysme ne pouvant rester sans sanction, c’est le sélectionneur qui en fit les frais et son projet de jeu fut oublié. La Sélection guadeloupéenne s’orienta alors vers une conception plus… moderne du jeu. À contrario, Louis DIAZ en sortit grandi, il tenait là sa référence, la preuve évidente d’être dans le vrai.
Les joueurs également en tirèrent profit, en particulier Louis-Félix FLAVIEN, dit Lazibyé, qui désormais est considéré par les adversaires comme une arme fatale. Il nous revient un commentaire d’un sélectionneur annonçant que temps que la Martinique alignerait FLAVIEN et Micky AURELIA (absent ce jour-là), elle serait imbattable.
Dernière conséquence et pas la moindre, une impression d’invincibilité de la Martinique, au point que durant des années, elle se considérait comme la bête noire de la Guadeloupe, d’où sans doute cette suprématie qui va durer jusqu’à 1990.
SPORTS PLUS
avril 2017À suivre.